Article paru dans le journal La Tribune de Genève

Pour la troisième fois en six mois, la fonction publique est en grève à Genève. Le mouvement est aujourd’hui national. Et les fronts se durcissent : 10 voix auraient suffi, la semaine dernière, à faire basculer le Cartel de la fonction publique vers la grève illimitée. Après avoir longtemps privilégié d’autres formes de rapports sociaux, Genève et la Suisse s’inspirent désormais des pires excès des pays qui nous entourent. Le blocage, en juin dernier, des dépôts TPG par des syndicalistes extérieurs afin d’empêcher des conducteurs désireux de travailler en est une autre illustration. Il n’est compatible ni avec le nécessaire dialogue social, ni avec les lois en vigueur. Les autorités judiciaires se doivent donc le sanctionner. On nous parle de plan d’austérité. La réalité est autre. Le budget 2004 voté en juin prévoit encore des hausses de dépenses, y compris en matière de salaires et de création de postes nouveaux. Or, Genève est le canton le plus dépensier, déficitaire et endetté du pays. On peut s’en moquer. On peut aussi rappeler que lorsqu’elle dépense plus d’argent qu’elle n’en a, une collectivité transfère sur ses enfants le soin de régler la facture. Dans un pays riche et équipé, cela relève déjà d’un solide égoïsme. Dans un pays vieillissant, où le financement des prestations sociales n’est pas assuré sur la durée, cela relève carrément de l’inconscience. Aussi généreux que soient ses slogans, une grève n’y changera rien.
Il faut, désormais, gérer l’Etat autrement. Et penser la fonction publique différemment. Un Etat mal géré, pléthorique dans des structures communales, cantonales, fédérales enchevêtrées, un Etat s’occupant indistinctement de l’inutile et de l’essentiel n’est pas un Etat moderne. Une gestion rigoureuse et une organisation rationnelle s’imposent aussi à l’Etat, car ce sont les citoyens qui lui confient, pour la réalisation du bien public et au prix de réels sacrifices, une part grandissante de leurs revenus ou de leur fortune. Or, l’Etat ne remplit pas aujourd’hui cette condition d’efficacité. Voici, en vrac, deux exemples dans les secteurs où le malaise est aujourd’hui le plus vif : l’enseignement et la police.
Pas un citoyen ne croira un seul instant que les programmes, les exigences, le système de notation et l’organisation scolaire doivent encore être, au 21e siècle, différents entre Genève et Nyon ou Fribourg et Sion. Ils doivent donc être harmonisés dans toute la Suisse, par régions linguistiques, comme viennent de le proposer les radicaux. Cela permettra de réaffecter des centaines d’enseignants, déjà formés et disponibles, dans des classes plutôt que de les occuper à des tâches d’organisation ou de coordination.
Il manque, assurément, de policiers à l’Etat de Genève. Dans le même temps, la Ville de Genève engage 84 agents chargés de faire pleuvoir les contraventions. Bilan : les charges de personnel ont tellement augmenté que le bénéfice des amendes est moins élevé qu’avant. Quant au citoyen, qui se moque éperdument de savoir ce qui relève de l’Etat ou des communes, il constate que des agents publics, assermentés et en uniforme, se ruent sur les parcmètres alors que, parfois dans les mêmes rues, la drogue est quasiment en vente libre. Notre organisation institutionnelle, qui date du 19e siècle, doit être totalement repensée.
Une dernière chose pour conclure : je sais, pour en avoir été l’un de ses serviteurs dix ans durant, que la fonction publique a aussi besoin d’autres appuis. Permettre, par exemple, à un enseignant de remplir son rôle en sanctionnant un collégien majeur auteur de tricheries répétées. Ou soutenir nos forces de police lorsque la ville est à feu et à sang lors de manifestations altermondialistes. Cela s’appelle la reconnaissance. N’est-ce pas, finalement, cela qui manque le plus aujourd’hui aux fonctionnaires ?
François LONGCHAMP
Président du Parti radical genevois

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