Paru dans le Temps

Les élections fédérales ont été difficiles pour les radicaux. Même si les résultats offrent des physionomies variées selon les cantons, la défaite, sur un plan général, est patente. Au lendemain des élections, la question a fusé : la fin du PRD est-elle programmée ? A-t-il achevé sa mission historique et doit-il laisser la place à des forces nouvelles ?
Notre réponse est claire : non, le PRD n’a en rien terminé son action ; non, les idéaux qu’il représente ne sont pas dépassés ; non, ils ne seront pas mieux défendus par des partis qui se piquent de modernisme. Autant la question de son éventuelle disparition peut être posée dans une optique purement scientifique, autant, sur un plan politique, elle perd toute pertinence. Nous affirmons au contraire que la combinaison de la liberté individuelle et de l’intervention de l’Etat ne pourra jamais être mieux thématisée que par le parti qui a justement construit un système politique garant des équilibres sociaux et soucieux de rassembler au-delà des courants qui strient la société.
L’histoire et la philosophie politique démontrent que la droite est composée de deux familles : en Suisse, la première, d’essence libérale, a cherché à ménager une place à l’individu dans le corps social en lui octroyant des droits démocratiques, puis sociaux ; la seconde, d’essence conservatrice, a interprété la souveraineté populaire comme le moyen de privilégier une liberté individuelle qui ne tolérerait l’Etat que dans la mesure où celui-ci représenterait l’autorité et la patrie.
Chanter la nécessité historique d’une droite que l’on qualifiera de « libérale » ne suffit toutefois pas. Cette droite n’imposera pas son discours en protestant d’un droit à une protection spéciale. Elle n’aura de sens que si elle parvient à justifier son utilité et sa capacité à se projeter dans le futur. Se vouloir le parti qui ouvre la Suisse aux défis de l’avenir est bien ; encore faut-il que la population se sente appelée par le grand large, qu’elle se sente en confiance dans cette modernité qu’assume le PRD !
On pointe là la faiblesse de la droite libérale. La gauche, dans ses variantes socialiste ou écologiste, ou la droite conservatrice, en réduisant leur message à un petit nombre de thématiques, s’érigent en partis particularistes. Le PRD a fait un autre choix. Il cherche à intégrer l’ensemble des problématiques de la société moderne.
Mais, en apparaissant le gardien de la collégialité gouvernementale ou le porte-parole d’un intérêt particulier, en l’occurrence l’économie, le PRD a négligé le corollaire naturel de la complexité qu’il revendique. Il n’offre plus une analyse prospective suffisante de la société.
Or le radicalisme contient les instruments d’analyse qui lui permettent d’élaborer un modèle d’explication de l’évolution de la société ; il sait concilier liberté individuelle et liberté collective, économie et Etat. Mais, pour pouvoir en faire plein usage, les radicaux doivent d’abord abandonner un certain goût pour une routine, qui enserre la réflexion politique dans le suivi au quotidien des ordres du jour issus des exécutifs cantonaux ou fédéral. Il doit ensuite retrouver le plaisir d’anticiper, de « penser » la société dans son développement. Les radicaux, habitués à englober tous les problèmes dans une ambition synthétique, pourront alors imaginer un programme d’action plus lisible.
Il s’agira de mieux définir le projet politique que nous voulons. De dire par exemple que nous désirons d’abord nous préoccuper de la manière dont on produit des richesses avant de penser à en manger les fruits. Que l’Etat a été créé pour assurer la sécurité des citoyens et de leurs biens et qu’il doit en avoir l’autorité nécessaire. Que l’école doit cultiver le goût de l’effort et du travail, car ce sont là des valeurs auxquelles nous croyons. Que le montant de nos impôts ne doit pas entraver la volonté d’entreprendre ou de travailler, comme c’est le cas aujourd’hui. Que nos dettes publiques, qui reportent sur d’autres générations le prix de notre incapacité à faire des choix, n’entrent pas dans notre conception du développement durable. Que la croissance économique est une nécessité. Et que la Suisse doit avoir une politique de formation et de recherche plus ambitieuse, car c’est là que se joue son avenir.
Voilà quelques pistes, parmi d’autres, qui permettront au PRD d’être un parti apte à associer une gestion
pragmatique de la chose publique et, en même temps, capable d’envisager les problèmes dans leurs prolongements les plus divers. Ce modèle d’explication général que le radicalisme pourra construire n’aura de sens que s’il retisse le lien entre une vision à long terme et les soucis immédiats de la population. S’il réussit, il pourra recouvrer une capacité d’entraînement susceptible de séduire un électorat, attaché au modérantisme que propose la droite libérale.
Les lignes directrices qui découleront de ce travail pourront apparaître parfois contradictoires, tantôt proches des revendications de la droite conservatrice, tantôt arrimées à celles de la gauche. A ce danger, il n’y a qu’une réponse : l’explication sans cesse renouvelée des raisons qui ont présidé aux choix effectués par un PRD qui, malgré sa diversité naturelle, gagnera aussi à s’imposer une certaine autodiscipline. La tâche est ardue, mais fascinante.
Les radicaux ont les moyens d’y faire face ! Ils doivent accompagner leurs prises de position, d’un discours renouvelé sur les valeurs qui les sous-tendent, à la tribune ou dans les médias. C’est là la conviction qui anime et le combat que mèneront, dans leurs cercles respectifs, les trois soussignés.
Pascal Broulis Didier Burkhalter François Longchamp

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