Discours du 1er août 2007 – Chêne-Bougeries

Madame le Maire, Mesdames et Messieurs les membres des autorités communales de Chêne-Bougeries, Chêne-Bourg et Thônex, Chers concitoyennes et concitoyens,
Nous fêtons aujourd’hui le 716 e anniversaire de la Suisse. Nous marquons, par notre présence ce soir sur la place Audéoud, notre attachement à notre patrie, qu’elle soit d’origine ou d’adoption. Merci à tous d’être ici pour le dire.
Les drapeaux suisses s’affichent ce soir fièrement. Cela est d’autant plus heureux que c’est à Genève, et non à Schwytz comme beaucoup le pensent, que la croix blanche sur fond rouge a trouvé son origine. C’est en effet un genevois, le général Henri-Guillaume Dufour qui a défendu le premier, au 19 e siècle, l’idée d’une bannière pour toute la Suisse afin d’inciter les cantons à la fraternité et à la solidarité.
160 ans plus tard, ces drapeaux suisses sont partout. Ils flottent avec fierté, à Genève, en Suisse et à travers le monde entier, comme tout récemment à Valence pour la victoire du défi Alinghi du Club Nautique de Genève ou à Wimbledon pour soutenir l’extraordinaire talent et personnalité de Roger Federer.
Que peut représenter, sur une planète si vaste, ce drapeau rouge à croix blanche ? De quel poids pèse-t-il face à la mondialisation ? Dans un monde de plus en plus rétréci, mobile et indistinct, être suisse, être genevois ou être chênois signifie-t-il encore quelque chose ?
En clair, appartenir à une patrie a-t-il encore un sens ?
Je crois profondément que oui. Je viens vous dire ce soir que je crois, avec ardeur, en notre capacité à vivre ensemble. Et je crois précisément que c’est parce que le monde s’ouvre et que les frontières s’estompent que nous ressentons de plus en plus le besoin d’appartenir à une patrie et aux valeurs qui sont les siennes.
Aujourd’hui , la planète connaît une mondialisation irréversible où frontières et barrières commerciales s’effacent progressivement.
Genève et la Suisse sont une terre d’ouverture . C’est précisément sur notre sol, à Genève, que l’Organisation Mondiale du Commerce s’efforce de réguler les échanges mondiaux. Et notre pays, qui était l’un des plus pauvres d’Europe il y a 100 ans, est devenu l’une des premières puissances bancaires, horlogères et pharmaceutiques du monde.
Aujourd’hui , de nombreuses régions sont en conflit armé et s’entredéchirent au mépris des droits humains les plus élémentaires.
Genève et la Suisse sont une terre de tolérance . C’est dans notre pays, en paix avec ses voisins depuis le 16 ème siècle, qu’a été créé le Conseil des droits de l’homme. C’est à Genève que sont consignées, au CICR, les conventions qui protègent les droits des plus opprimés. Et c’est à Chêne-Bougeries, dans cette maison jaune que l’on aperçoit d’ici, que Jean-Jacques Gautier a lancé son combat contre la torture.
Aujourd’hui , les informations parcourent Internet en une fraction de seconde.
Genève, la région lémanique et la Suisse sont une terre de savoir. C’est au CERN, c’est-à-dire ici même, qu’a été créé le web. Et c’est dans ce même CERN que s’ouvrira, dans quelques mois, le plus grand accélérateur de particules du monde, dans une région qui croit aux vertus du progrès et de l’acquisition
des connaissances.
Mesdames et Messieurs,
Etre genevois et être suisse, c’est s’inscrire dans cette longue histoire citoyenne. C’est être dépositaire et porteur de valeurs qui fédèrent notre vie collective par l’exercice de la démocratie directe. C’est aussi reconnaître que notre devise nationale « un pour tous, tous pour un » nous impose aussi certains devoirs de solidarité à l’endroit des personnes plus âgées, des chômeurs, des personnes handicapées ou des plus faibles. C’est enfin être attachés aux valeurs républicaines que nous avons librement choisies de faire nôtres et qui de ce fait ne sont pas négociables. Elles ont pour nom l’égalité des chances, l’égalité entre hommes et femmes, la justice, la laïcité ou la démocratie.
Ces valeurs sont le fruit d’une volonté: celles des hommes et des femmes qui se sont battus pour elles. Nous devons constamment nous rappeler que rien n’est jamais acquis. A vous les plus jeunes, je vous dis que seule votre volonté perpétuera ces valeurs et seul votre travail et votre engagement permettront à notre pays de rester une terre de progrès.
Depuis sept siècles, nous témoignons vouloir vivre ensemble en prolongeant le serment fondateur de ceux qui, en 1291, ont choisi de vivre libres. 716 années plus tard, c ‘est à Chêne-Bougeries que nous fêtons notre pays. Mon plaisir à le faire avec vous ce soir est immense, car c’est dans cette commune que je suis né, c’est là que ma famille habite depuis plusieurs générations, c’est ici même, sur cette place, que j’ai entendu, enfant, les premiers discours et c’est ici que j’ai appris pourquoi la politique était utile.
Chêne-Bougeries est une belle image de la Suisse d’aujourd’hui, mariant réalité urbaine et tradition. Et Chêne-Bougeries est, comme les 2’888 autres communes suisses qui sont ce soir en fête, une terre suisse, c’est-à-dire une terre d’ouverture, une terre de tolérance et une terre qui croit aux vertus du progrès et du savoir.
Vive Chêne-Bougeries ! Vive les Trois-Chêne ! Et vive la Suisse !
François Longchamp Conseiller d’Etat

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