Discours du 1er août 2010 – commune de Pregny Chambésy 

 


Monsieur le Maire,

 

Mesdames et Messieurs les membres des autorités communales,Chers concitoyennes et concitoyens, 

La Suisse a aujourd’hui 719 ans et nous marquons tous, par notre présence ce soir à Pregny-Chambésy, notre attachement à notre patrie, qu’elle soit d’origine ou d’adoption. Merci à tous d’être ici pour le dire.

 Les drapeaux suisses s’affichent ce soir fièrement. Cela est d’autant plus heureux que c’est à Genève, et non à Schwytz comme beaucoup le pensent, que la croix blanche sur fond rouge a trouvé son origine. C’est en effet un genevois, le général Henri-Guillaume Dufour qui a défendu le premier, au 19e siècle, l’idée d’une bannière pour toute la Suisse afin d’inciter les cantons à la fraternité et à la solidarité. 

 Aujourd’hui, ces drapeaux suisses sont partout. Dans un monde de plus en plus mobile, ils viennent rappeler notre capacité à vivre ensemble. Et je crois précisément que c’est parce que le monde s’ouvre et que les frontières s’estompent que nous ressentons de plus en plus le besoin d’appartenir à une patrie et d’embrasser ses valeurs.

 Notre pays a plusieurs particularités : il ne s’est pas construit autour de frontières naturelles. Il n’est pas issu d’une révolution ou d’une victoire militaire. Il ne doit rien à un empereur ou à un roi. Il n’a pas de langue commune. Il n’a jamais manifesté une intention guerrière, hégémonique ou coloniale. Et la Suisse n’est pas le fruit d’un conflit, mais d’une volonté : celle de citoyens désireux de vivre libres, en sécurité, en paix et ensemble. 

Cette volonté a été forte, puisqu’elle dure depuis sept siècles. Elle a surmonté les différences religieuses, linguistiques ou culturelles. Cette volonté a été plus forte que les guerres. Et cette volonté a aussi survécu aux crises économiques. Notre pays, dépourvu de richesses naturelles et d’accès à la mer, était l’un des plus pauvres il y a un siècle. Il a pourtant connu, sur le plan économique, une certaine réussite. 

Aujourd’hui, dans un monde troublé, marqué par des incertitudes sociales, démographiques  et économiques, permettez-moi quelques constats paradoxaux. L’endettement, voire la cessation de paiement, menace des pays importants. A quelques centaines de mètres d’ici, l’euro, qui est la monnaie de référence de 322 millions d’européens, a perdu 11 % de sa valeur en un an. La Suisse et Genève se paient pourtant le luxe d’avoir vu leur dette diminuer, y compris ces derniers mois. Les réserves de notre Banque nationale suisse se montent à 294 milliards. Et la Suisse est bientôt le dernier territoire du continent européen à respecter les critères d’endettement de Maastricht, alors qu’il est le seul pays à ne jamais s’y être engagé. 

Malgré la sinistrose ambiante, de tous les pays occidentaux, la Suisse est d’évidence le pays qui s’en sort le mieux. Son taux de chômage est l’un des plus faibles. Et comble des paradoxes, Genève, l’un des cantons les plus touchés par le chômage, est la seule ville d’Europe où le nombre d’emplois occupés a encore progressé ces dix-huit derniers mois.

Dans tous les pays du monde, y compris les pays émergents, le vieillissement de la population sera le défi des années à venir. La Suisse n’y échappe pas et on le sait partout : le financement des retraites sera l’enjeu crucial. Nous sommes pourtant le premier pays au monde à s’être doté, il y a bientôt trente ans, d’un système mixte de financement des retraites par répartition – l’AVS – et par capitalisation – le deuxième pilier – qui disposent aujourd’hui de réserves et fortunes cumulées de 700 milliards. Dans certains pays proches, cette somme n’est même pas atteinte pour garantir l’avenir d’une population 8 fois supérieure. 

Ces résultats ne sont pas le fruit d’un hasard, mais d’une volonté. La Suisse est dépositaire et porteuse de valeurs qui fédèrent notre vie collective. Celle de croire au goût de l’effort, aux vertus du travail, au respect de la parole donnée. Celle de penser qu’un Etat de droit est le seul à même de protéger les citoyens contre l’arbitraire. Celle de croire aux vertus de la démocratie directe. Celle de reconnaître que notre devise nationale « un pour tous, tous pour un » nous impose aussi certains devoirs de solidarité à l’endroit des personnes plus âgées, des chômeurs, des personnes handicapées ou des plus faibles. Celle d’être attachés à certains principes républicains que nous avons librement choisis de faire nôtres et qui de ce fait ne sont pas négociables. Ils ont pour nom l’égalité des chances, l’égalité entre hommes et femmes, la justice, la laïcité ou la démocratie. 

Genève et la Suisse sont aussi une terre de tolérance. C’est dans notre pays, en paix avec ses voisins depuis le 16ème siècle, qu’a été créé le Conseil des droits de l’homme. C’est à Genève que sont consignées, au CICR, à quelques encablures d’ici, les conventions qui protègent les droits des plus opprimés.  

Mesdames et Messieurs, 

Ces valeurs sont le fruit d’une volonté: celles des hommes et des femmes qui se sont battus pour elles. Nous devons constamment nous rappeler que rien n’est jamais acquis. A vous les plus jeunes, je vous dis que seule votre volonté perpétuera ces valeurs et seul votre travail et votre engagement permettront à notre pays de rester une terre de progrès et de liberté. 

Vive Pregny-Chambésy ! Vive Genève ! Et vive la Suisse !   

François Longchamp

Président du Conseil d’Etat

 

 

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