François Longchamp, président du Conseil d’Etat

Hotel Crown Plaza, jeudi 15 avril 2010

 


Je m’exprime aujourd’hui devant les forces vives de l’économie. Ce sont elles, ce sont vous qui chaque jour, à Genève, en Suisse et dans le monde, vous battez pour développer et conquérir des marchés. Vous êtes ceux qui, avec vos collaboratrices et collaborateurs, maintenez et développez des emplois et créez les richesses qui contribuent à notre prospérité commune.

J’aimerais vous dire tout d’abord que le gouvernement genevois est sensible à vos situations. Il sait, mieux que vous ne l’imaginez parfois, combien votre tâche est délicate. Il sait ce que représente le souci quotidien de devoir assurer des échéances, de payer des salaires, des charges sociales et des fournisseurs, de faire face à des crédits bancaires. Il sait aussi combien ces défis s’affermissent quand le monde traverse, comme c’est le cas aujourd’hui, la plus importante crise financière depuis 80 ans.

Vous le savez dans vos activités : la bonne marche des affaires est, avant tout, une question de confiance. De la confiance qu’on inspire. De la confiance qu’on possède. A l’échelle d’une communauté humaine, il en va de même : un pays ou un canton doit avoir et inspirer confiance. C’est là le gage de son succès.

Aujourd’hui, notre situation est connue : la Suisse semble se complaire, parfois jusqu’à l’euphorie, dans ses problèmes existentiels. Du secret bancaire à l’affaire Kadhafi, de l’UBS à la politique européenne, du rôle de notre armée à l’avenir de nos assurances, tout n’est que drame et psychodrame, crise et cataclysmes, damnations et complots. Et à Genève, si j’en crois les propos que vient de tenir votre président, 50 ans d’immobilisme nous contemple.

Permettez-moi un constat et une analyse.

Le constat, tout d’abord. Il est paradoxal. Malgré la sinistrose ambiante, de tous les pays occidentaux, la Suisse est d’évidence le pays qui s’en sort le mieux. Son taux de chômage est l’un des plus faibles. Et comble des paradoxes, Genève, l’un des cantons les plus touchés par le chômage, est la seule ville d’Europe – je dis bien la seule ville d’Europe – où le nombre d’emplois occupés a encore progressé en 2009. La promotion économique rappelait ce matin que 7722 entreprises ont été crées en huit ans, générant 16’388 emplois.

L’endettement, voire la cessation de paiement, menace des pays importants. La Suisse et Genève se paient pourtant le luxe d’avoir vu leur dette diminuer, y compris en 2009. En un an, les réserves de la Banque nationale suisse ont augmenté plus que tous les autres pays qui nous sont proches. Elles se montent aujourd’hui à 173’151’500’000 francs suisses, en augmentation de 11,5 % en douze mois.

Dans tous les pays du monde, y compris les pays émergents, le vieillissement de la population sera le défi des années à venir. La Suisse n’y échappe pas et on le sait partout : le financement des retraites sera l’enjeu crucial. Nous sommes pourtant le premier pays au monde à s’être doté, il y a bientôt trente ans, d’un système mixte de financement des retraites par répartition – l’AVS – et par capitalisation – le deuxième pilier – qui disposent aujourd’hui de réserves et fortunes cumulées de 700 milliards. Dans certains pays proches, cette somme n’est même pas atteinte pour garantir l’avenir d’une population 8 fois supérieure.

Et je vous épargne les réflexions sur la solidité de nos entreprises, y compris bancaires. Que n’a-t-on pas dit sur l’UBS ? Elle est pourtant la seule banque, parmi des centaines, dont la recapitalisation gouvernementale a plus rapporté aux contribuables qu’elle ne lui a coûté. Et si les fautes de certains de ses dirigeants sont assurément pendables, il faut être dangereusement irresponsable pour prétendre qu’il fallait abandonner à son sort un établissement bancaire qui aurait entraîné avec lui des milliers d’entreprises saines, et de dizaines de milliers d’emplois viables.

Quelle analyse tirer de ces constats ?

D’abord, que les vrais enjeux qui se posent à notre pays et à notre canton sont ailleurs. Ils ne se réduisent pas à nos psychodrames quotidiens. Ils tiennent par contre à notre capacité à préparer l’avenir.

Dans ce cadre, le Conseil d’Etat présentera dans quelques semaines, et pour la première fois de son histoire, un programme de législature qui l’engagera. Nous nous appuierons sur les intentions énoncées, il y a quatre mois, dans le discours de Saint-Pierre. Plusieurs vous sont connues : nous entendons investir de manière ambitieuse. En matière de transports, cela veut dire achever les chantiers et poursuivre le développement des lignes de trams, notamment vers Plan-les-Ouates. Réaliser le chantier du CEVA et la traversée routière de Vésenaz, conformément aux vœux de la population. Permettre, grâce à un accord passé avec le canton de Vaud et la Confédération, de réaliser plus rapidement la troisième voie CFF tout en observant que la ligne TGV des Carpates est en voie d’achèvement. Construire, à quelques mètres d’ici, l’aile Est de l’aéroport de Genève qui débutera cette année encore et qui sera, par son ampleur, le plus important chantier jamais réalisé à Cointrin.

Nous entendons aussi réaliser 2’500 logements par an et mon collègue Mark Muller, ici présent, consacre son énergie à ce défi, à la tête d’un département qui dispose de compétences désormais étendues en la matière.

Sur le plan économique, nous entendons renforcer les conditions cadres qui assurent notre succès, avec notamment le développement de nouvelles surfaces industrielles, sous l’impulsion de mon autre collègue présent ce soir, Pierre-François Unger.

Et nous poursuivrons une politique fiscale raisonnable, en vous rappelant que les Genevois, et notamment les familles de la classe moyenne qui travaillent, bénéficient depuis cette année de baisses d’impôts conséquentes. La réduction de notre dette doit se poursuivre et les résultats annoncés ce matin par l’Etat – 322 millions de bénéfices en 2009 – y contribueront à nouveau.

D’autres projets nous occupent, comme celui de la taxe professionnelle et de manière plus générale de la fiscalité des entreprises, ainsi que l’a rappelé votre directeur général il y a un instant. Ces réformes doivent s’inscrire dans notre stratégie vis-à-vis de l’Union européenne dans le cadre de la fiscalité des multinationales et des holdings, largement présentes à Genève. Mais j’entends le dire ici clairement : le défi qui se pose aux autorités genevoises pour réformer cette fiscalité n’est pas de s’appuyer sur des convaincus, mais de créer les conditions d’un accord politique plus large, susceptible de rencontrer une adhésion populaire majoritaire devant le peuple. Cela n’est, à ce jour, pas acquis. Mais c’est à notre portée. Nous devons y travailler, avec les partenaires sociaux et les communes. Ensemble, mais pas seulement ici.

Mesdames, Messieurs,

Enfin, j’aimerais vous dire que la confiance, gage de la prospérité commune, est aussi un état d’esprit. Pour en finir avec la sinistrose collective, pour créer les conditions de confiance, nous devons rappeler les valeurs sur lesquels s’appuie notre communauté.

Parmi ces valeurs, en tout premier lieu, le goût de l’effort.

Le goût de l’effort, cela veut dire une école de qualité. Une école publique qui donne sa chance à chacun, en cultivant le mérite et l’amour du travail bien fait. Pour l’avenir, nous voulons une école où l’on travaille plus, c’est-à-dire autant que dans les autres cantons suisses.

Le goût de l’effort, cela veut dire une économie fondée sur la création de richesses, et pas sur l’endettement.

Le goût de l’effort, cela veut dire une fiscalité et des efforts de politique sociale qui récompensent ceux qui produisent, ceux qui travaillent et ceux qui progressent.

Le goût de l’effort, cela veut dire, enfin, ne pas permettre que l’insécurité et l’incivilité minent nos sociétés. La sécurité est la première de nos libertés et les Etats ont été originellement été constitués pour la garantir. L’Etat de Genève s’est désormais engagé à renforcer là aussi son action, de manière déterminée. Genève doit retrouver, en la matière, quiétude et sérénité. C’est le sens des efforts menés pour former et recruter des policiers supplémentaires afin de garantir que l’autorité de l’État soit mieux respectée dans chaque quartier.

Mesdames, Messieurs,

Notre gouvernement ne manque pas, vous l’aurez compris, d’ambition pour Genève. De ces magnifiques ambitions dont Victor Hugo disait qu’elles seules permettaient « de faire les grandes choses ». Et c’est le même Victor Hugo qui, quelques années auparavant, de passage à Genève, disait :

« Genève est une ville admirablement située où il y a beaucoup de jolies femmes, quelques hautes intelligences et des marmots ravissants jouant au bord du lac. Avec cela on peut lui pardonner son petit gouvernement inepte, ridicule et tracassier… »   Sur ce dernier point, nous entendons le démentir.

Bonne soirée à tous   

 

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