Message prononcé au Musée International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge par François Longchamp, président du Conseil d’Etat, Genève, mardi 2 mars 2010

 


Monsieur le Président du Comité international de la Croix-Rouge, Monsieur le Directeur du Musée de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Mesdames, Messieurs,

« Il n’y a plus de quartier, c’est une boucherie, un combat de bêtes féroces, furieuses et ivres de sang ; les blessés même se défendent jusqu’à la dernière extrémité, celui qui n’a plus d’armes saisit à la gorge son adversaire qu’il déchire avec ses dents. (…) Un pauvre blessé a la mâchoire emportée, un autre la tête écrasée, un troisième qu’on eût pu sauver, a la poitrine enfoncée. »

C’est avec ces mots qu’en publiant, en 1862, un Souvenir de Solferino, Henry Dunant se transforme en reporter de guerre. Il montre ce qui est. Derrière l’apparente volonté ordonnée des armées, leur rationalité, se cache la fureur aveugle. La guerre ne tue pas que les hommes : elle peut tuer leur humanité même.

On sait le rôle qu’a joué le « Souvenir de Solferino » dans la création du CICR. On peut imaginer combien l’usage de la photographie aurait pu l’y aider. La photographie a changé la perception de la guerre. Plus que les écrits, plus que la peinture, elle peut témoigner de la brutale réalité des conflits. Avec une immédiateté et une lisibilité jamais vues avant elle.

Jusqu’à la naissance de la photographie, la guerre était souvent magnifiée, esthétisée. Il fallait absolument rompre avec ce mensonge. Ce que Goya avait essayé de faire en peignant les désastres de la guerre, la fusillade du 3 mai 1808. La photographie y parvient avec infiniment plus de rapidité, et infiniment plus de force de conviction.

L’exposition que nous vernissons aujourd’hui pourtant, ne nous parle pas de la guerre. Elle nous parle de l’humanité au cœur de la guerre. Elle témoigne de cette humanité qui continue de vivre, d’espérer, d’aimer et de souffrir, au cœur même de la guerre. Elle témoigne aussi, de l’autre côté de la caméra, de cet humain qui choisit de témoigner, en prenant une photographie. Qui décide de donner de l’importance à tel homme, à telle femme, à tel enfant, au milieu des ruines. Et donc, de se montrer digne de son humanité, en témoignant.

N’oublions pas, non plus, qu’une photographie, c’est aussi le choix d’un angle, le choix d’un point de vue. Autrement dit, le choix d’un homme ou d’une femme. Le photographe prend ainsi la responsabilité de son témoignage.

J’aimerais, dans ces lieux, faire part de l’admiration que j’éprouve pour les reporters de guerre et les photographes qui, par la volonté de tenir le monde informé, ont eu, et manifestent toujours le courage de se rendre dans les zones de conflit.

Témoigner, c’est donc rester humain. C’est pourquoi je suis si viscéralement attaché à la liberté de la presse, qui fait partie des biens que tente de préserver le Conseil des droits de l’homme. L’actualité récente nous prouve combien cette liberté reste menacée, et combien l’humanité cherche à contourner les obstacles que les Etats érigent trop souvent entre les faits et le public. Les images prises sur des téléphones portables, transmises par les réseaux sociaux, font aujourd’hui l’objet d’une traque sans merci de la part de ces tyrannies. Il nous appartient, à tous, de nous battre pour que la liberté de témoigner avance.

Rester humain au cœur de la guerre, voilà évidemment le message de toutes ces photographies. Et c’est aussi l’ambition même du Comité international de la Croix-Rouge. Une ambition que poursuivent chaque jour, dans le monde, quelque 1 400 délégués du CICR et 11 000 employés locaux. Par les visites de prison, par les secours en situation de conflit, par l’enseignement des principes du droit humanitaire à des soldats en pleine guerre.

Au nom de la République et Canton de Genève, je vous invite, à l’occasion de ce vernissage, à penser à toutes ces personnes qui se battent pour que l’humanité, même en guerre, reste l’humanité. Et je remercie le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour son travail de témoignage.

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.